Chaque matin, alors qu'il fait encore noir à l'extérieur, je prends le métro La Chapelle direction Étoile. Soit je somnole durant le trajet, soit je lis Le Périscope à la recherche d'une sortie culturelle à faire pour le week-end prochain. Je transfère à la station Charles de Gaulle à travers des couloirs bondés et humides desquels se dégagent une mauvaise odeur d'urine. J'ai encore cinq stations à faire avant de descendre. Le train surplombe alors la Seine nous permettant d'apercevoir la tour Eiffel qui pointe à l'est.
Je marche une dizaine de minutes au moment où les marchands se réveillent. Le chocolatier prépare sa vitrine. Le poissonier étale son arrivage de poissons frais. L'épicier choisit ses plus beaux légumes qu'il dispose dans une symétrie quasi-obsessionnelle.
Ce trajet me mène à la Maison Jeanne-Garnier située sur l'avenue Émile-Zola dans le 15ème. Devant cette maison de soins palliatifs, la plus grande en Europe, le café-brasserie Le Germinal propose son menu petit-déjeuner à 6 Euros. Et deux magasins de pompes funèbres ont pignon sur rue. Plusieurs centaines de personnes y travaillent et ont la même mission : accueillir des personnes atteintes d'une maladie incurable et les accompagner, ainsi que leurs proches, dans leur dernier périple ensemble.
Chaque jour est une occasion renouvelée de devenir les témoins privilégiés de petites parcelles d'histoires. C'est l'histoire d'amour de ce sapeur-pompier et de son épouse qu'il a rencontrée il y a maintenant 68 ans lors d'une fête foraine dans le Périgord. C'est celle de cet immigrant algérien parti dans l'espoir de se trouver du travail en sol français en laissant derrière lui famille et amis. Ou encore de cette ancienne joueuse de tennis ayant perdu l'usage de ses jambes au décours d'une maladie neurologique.
Et, à travers chacune d'elles, c'est d'abord de la vie dont il est question. Une vie certes affaiblie par la maladie et dont le parcours est parsemé de doutes, de malaises et d'angoisse, mais qui, au-delà des tabous et des non-dits, mérite que l'on s'y attarde.
Suite à la perte de son père, un cinéaste a senti le besoin de mettre en images l'expérience qu'il a vécue à Jeanne-Garnier. Durant plusieurs mois, il est parvenu à s'effacer derrière la lentille de sa caméra pour que soit captées des scènes d'un quotidien qui, contrairement à la croyance populaire, est loin d'être triste.
Nom : Andréanne Côté Profession (2008-2009) : Voyageuse et éternelle étudiante Provenance : Montréal, Canada Destination : Asie du sud-est, Inde du Nord, Beijing Itinéraire : Selon la direction du vent